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J’ai 101 ans, môman…

 Célébrer les 101 ans de Mémé, la grand-mère de mon amie Caroline, est un privilège inespéré. Mais quel est donc le secret de cette longévité de moins en moins rarissime?

Par Sylvie Poirier

Marcelle Rouhier, née en 1916 en France, a été consciente de la première guerre mondiale et a vécu la seconde. Elle s’est occupée de ses six frères, tout en travaillant à l’usine et dans les champs. Foyer modeste, contexte de terreur.

À 18 ans, elle est embauchée par Peugeot, entreprise qui sera réquisitionnée par les Allemands pour fabriquer des machines de guerre. Puis elle se marie enceinte sans que le grand amour soit au rendez-vous.

Elle élève sa fille pratiquement toute seule. Arrivée au Québec dans les années 50, elle travaille 70 heures par semaine (pour un précieux 35 $), dans les restos de sa fille et de son gendre. Elle ne manque pas de consacrer temps, discipline et amour à ses trois petits enfants dont les parents étaient engloutis par les horaires déments qu’exige la restauration.

Ce soir-là, pour ses 101 ans, elle avait oublié son appareil auditif (acte manqué?). Trop heureuse de voir son petit monde caqueter sans avoir à intervenir dans les conversations, dissensions et élucubrations de chacun, elle souriait affectueusement. Toute menue, elle a remercié les gens d’être là, n’oubliant pas de mentionner qu’elle les aimaient tous, et qu’elle aimait tout le monde.

Sa vie n’a pas été un conte de fées, la ouate n’a jamais amorti les coups durs sur son parcours. Et pourtant, elle est là. Toute là. Elle a une mémoire que j’envie, une présence d’esprit inouïe et une sollicitude infinie. Mais comment arrive-t-on à vivre un siècle sans que nos articulations déclarent forfait et que notre cerveau s’en aille à vau-l’eau?

L’hérédité, bien sûr. Mais encore? L’alimentation (fruits et légumes, noix et amandes, peu de viande, de sucre, de sel, un verre de vin rouge par jour, mais pas plus, selon les chercheurs), l’activité physique (bouger, bouger, bouger), le sommeil réparateur et l’absence de cigarettes. Bon, rien de nouveau sous le soleil (à fuir, semble-t-il).

Il existe pourtant des endroits où les petits vieux poussent comme du rameau boosté au curcuma, au poivre noir et à l’huile d’olive. Ces «zones bleues», identifiées par différents scientifiques et démographes (en collaboration avec le National Geographic), comptent le plus grand nombre de super centenaires! Une zone de collines en Sardaigne, un secteur à Loma Linda, en Californie, une région dans les montagnes du Costa Rica, une poche à Okinawa au Japon, une région sur l’île d’Ikaria en Grèce, et d’autres qui font peu à peu leur apparition. Le Lac-Saint-Jean, malgré sa concentration de bleuets antioxydants, ne fait pas encore partie de ces zones bleues. À suivre…

Leur point commun? Un régime alimentaire sain et un mode de vie actif. On ne s’en sort pas.

Pour d’autres médecins, c’est aussi le «mental» (comme le dirait si bien Bob Chicoine, dans Les Boys), qui aide à franchir le cap des 100 ans en santé. Les optimistes actifs, plein de projets, curieux intellectuellement, qui résistent bien au stress, qui rebondissent aisément après un coup dur (les résilients), qui ont une vie sociale bien remplie et qui sourient à la vie, ont beaucoup plus de chances de vivre vieux (tasse-toi mon p’tit jeune!).

Mais force est d’admettre que Mémé possède toutes ces qualités, et qu’année après année, elle nous oblige à nous interroger sur notre désir d’être en santé, sur notre envie de vieillir avec le sourire, sur notre réel appétit pour la vie et sur notre capacité à contrer notre abyssale tendance à l’autosabotage.

À toutes les vieilles branches, joyeuses picouilles et délurées antiquités, je dis: «Attachez vos tuques, on arrive!»

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2 comments

Miss Top Loulou 24 novembre 2017 - 18 h 05 min

Quel billet rafraîchissant! Et quelle formidable centenaire que cette Marcelle Rouhier! Une vraie de vraie battante, que tant de jeunes gagneraient à connaître. Merci de nous l’avoir présentée, Sylvie!

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Sylvie Poirier 29 novembre 2017 - 9 h 46 min

Merci chère Miss Top Loulou. Cette femme est une réelle inspiration (même si ce mot est galvaudé). Elle nous rappelle que la vie, ourlée de coups durs, de peines immenses, de bonheurs intenses et de beaucoup de résilience, est capable d’en prendre et de nous surprendre!

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